Faut-il vraiment prendre un petit-déjeuner ?
C'est sans doute la question qu'on me pose le plus souvent en première consultation. La réponse tient en une phrase : cela dépend de vous. Voici comment le déterminer.

D'où vient l'idée que le petit-déjeuner est obligatoire
La formule « repas le plus important de la journée » circule depuis si longtemps qu'elle a pris valeur d'évidence. Elle vient d'une époque où les journées de travail étaient physiques et commençaient tôt, et elle a été largement relayée par les fabricants de céréales — ce qui ne la rend pas fausse pour autant, mais mérite d'être gardé en tête.
Ce qu'on observe en consultation est plus nuancé. Certaines personnes fonctionnent mal sans manger le matin : baisse de concentration en fin de matinée, irritabilité, et surtout une faim qui explose à midi. D'autres n'ont aucune sensation de faim avant onze heures et s'en portent très bien. Les deux profils existent, et forcer le second à déjeuner ne lui rend pas service.
Ce qui compte vraiment : la journée entière, pas un repas
Un petit-déjeuner ne se juge pas isolément. La vraie question est de savoir comment se répartissent vos apports sur vingt-quatre heures, et si cette répartition vous permet de tenir sans craquer.
Le schéma que je vois le plus souvent chez les personnes qui viennent me consulter pour perdre du poids : un café le matin, un sandwich avalé vite à midi, et un dîner très copieux suivi de grignotages jusqu'au coucher. Le problème n'est pas l'absence de petit-déjeuner. C'est que la restriction du matin se paie le soir, au moment où on est le plus fatigué et le moins capable de réguler.
Les situations où sauter le petit-déjeuner pose problème
Il y a des cas où je recommande clairement de manger le matin :
- quand vous vous entraînez tôt, parce que la séance et la récupération en dépendent ;
- quand votre matinée est physique ou demande une concentration soutenue ;
- quand vous constatez que sauter le matin déclenche systématiquement une fin de journée incontrôlable ;
- chez les enfants et les adolescents, dont les besoins sont liés à la croissance ;
- en cas de diabète, de grossesse, ou de tout suivi médical qui impose un rythme de repas.
Comment savoir ce qui vous convient
Le test est simple et ne coûte rien : pendant deux semaines, notez votre niveau de faim à midi et à vingt heures, ainsi que ce que vous mangez en dehors des repas. Faites une semaine avec petit-déjeuner, une semaine sans. Comparez, non pas la balance, mais la fin de journée.
Si la semaine sans petit-déjeuner se solde par des soirées de grignotage, votre corps a répondu. Si elle se passe sans encombre et que vous vous sentez plus léger le matin, vous avez votre réponse aussi.
Si vous déjeunez, déjeunez correctement
Un petit-déjeuner uniquement sucré — jus de fruits, viennoiserie, céréales du commerce — vous laisse rarement tranquille jusqu'à midi. L'ajout d'une source de protéines et d'un peu de matière grasse change complètement la durée de satiété : un œuf, un yaourt nature, du fromage, des oléagineux, ou simplement du pain complet avec autre chose que de la confiture.
C'est le même principe que pour les collations : ce n'est pas la quantité qui fait tenir, c'est la combinaison.
Fabienne Ubezio
Nutritionniste
Cet article donne des repères généraux. Il ne remplace pas un avis personnalisé : si vous suivez un traitement ou si vous avez une situation médicale particulière, parlez-en à votre médecin ou prenez rendez-vous.